Certains soirs, vous relisez le dernier message de la clinique vétérinaire. Si vous aviez compris plus tôt, consulté ailleurs, passé un peu plus de temps auprès de votre animal ce jour-là… Après sa mort, vous ajoutez peut-être de nouvelles conditions à une histoire dont la fin est déjà écrite. Relire les mêmes documents ne change pas l’issue, mais éteindre l’écran peut donner l’impression de renoncer à quelque chose qu’il faudrait encore vérifier. Si chaque fin de journée est devenue un moment où vous vous mettez en accusation, vous pourriez, ce soir, regarder ces questions plus lentement, sans devoir rendre un verdict.
Ce que vous saviez alors, et ce que vous savez aujourd’hui
Aujourd’hui, vous savez comment les événements se sont terminés. Au moment de décider, vous attendiez des résultats, disposiez d’explications limitées et faisiez face à plusieurs possibilités. Des signes qui n’étaient pas évidents à l’époque semblent peut-être parfaitement cohérents maintenant. Cela ne signifie pas que vous pouviez les relier de la même façon ce jour-là. Pour examiner cette différence, vous pouvez noter séparément les faits connus à ce moment-là, ceux appris ensuite et les suppositions encore non confirmées. Si cela devient trop éprouvant, une seule ligne suffit. Vous pouvez vous arrêter.
L’association vétérinaire britannique PDSA rappelle que la culpabilité après une euthanasie ne signifie pas, à elle seule, que la décision était mauvaise. Cette précision ne permet pas de conclure que tous les choix médicaux étaient nécessairement justes. Si un point vous préoccupe, vous pouvez laisser la question ouverte. Mais l’intensité de votre culpabilité n’a pas à déterminer la réponse d’avance. Vous pouvez commencer par distinguer la douleur que vous ressentez des faits entourant ce qui s’est passé.
L’idée qu’un autre choix aurait forcément permis à votre animal de vivre plus longtemps contient, elle aussi, une part d’inconnu. Nous ne pouvons pas vérifier ce qui se serait passé après une décision qui n’a pas été prise. Cette incertitude peut être difficile à supporter. Trouver une erreur bien précise semble parfois pouvoir clore l’histoire ; rester sans réponse peut paraître plus douloureux. Dans ces moments-là, vous pouvez mettre de côté l’idée qu’il faudrait examiner toutes les possibilités aujourd’hui. « Je ne sais toujours pas » peut être une manière honnête de nommer les limites de ce que vous savez, plutôt qu’un refus d’assumer vos responsabilités.
Ne pas laisser le dernier jour raconter toute une vie ensemble
Le regret désigne souvent des scènes brèves et précises : un soir où vous êtes rentré tard, un ton impatient, l’heure à laquelle vous êtes allé à la clinique. Pourtant, votre vie ensemble était beaucoup plus vaste que ces moments. Les jours ordinaires où vous renouveliez l’eau, laissiez libre sa place préférée ou surveilliez une démarche inhabituelle font aussi partie de votre relation. Si vous pensez avoir mal fait quelque chose à la fin, vous n’avez pas à effacer ce souvenir. Mais cette seule scène n’a pas à expliquer tous les autres jours. Dans le récit d’une relation, il faut aussi de la place pour d’autres faits que les regrets.
Si vous avez la disponibilité nécessaire pour écrire, essayez de poser à côté d’un regret une chose que vous avez réellement faite pour votre animal. Nul besoin de trouver un grand sacrifice ou un instant bouleversant. Un souvenir modeste et concret suffit : avoir séché ses pattes après une promenade d’hiver, ou changé doucement de position pour ne pas réveiller un chat endormi. Il ne s’agit pas de recouvrir un souvenir douloureux d’un souvenir heureux. Vous ajoutez d’autres faits à un récit qui ne retient plus qu’un seul côté de l’histoire. Si rien ne vous vient aujourd’hui, laissez un espace vide. Vous pourrez peut-être le remplir plus tard, au fil d’une conversation.
Vous pouvez aussi vous rappeler l’épuisement d’une longue période de soins. Peut-être vous reprochez-vous d’avoir souhaité une pause, ou d’avoir éprouvé un bref soulagement lorsque la tension constante s’est relâchée. Mais vous n’avez pas à effacer votre fatigue pour pouvoir parler de votre amour. Même en aimant votre compagnon, vous aviez besoin de sommeil et de repos. Si vous écrivez sur cette période, notez non seulement son état, mais aussi combien vous dormiez, qui vous aidait et dans quelles circonstances vous preniez les décisions. Ces détails vous permettent de vous regarder comme une personne qui traversait cette situation, et pas seulement comme quelqu’un à juger.
Les questions à éclaircir et les paroles qui demandent une écoute
S’il reste des interrogations sur les soins vétérinaires, vous pouvez noter brièvement ce que vous souhaitez comprendre, plutôt que de repasser sans cesse vos souvenirs en revue. Quel était l’objectif du traitement ? Quelles différences y avait-il entre les options présentées ? Quels points demeurent incertains, même aujourd’hui ? Lorsque vous le souhaitez, vous pouvez demander au vétérinaire concerné de reprendre les explications à partir du dossier. Si vous n’avez pas encore l’énergie de le contacter, gardez simplement votre note. Entendre une réponse et parvenir à lui faire une place dans votre vie ne doivent pas nécessairement se produire le même jour.
D’autres questions appellent peut-être une présence plus qu’une information. Votre animal s’est-il senti seul à la fin ? A-t-il su combien vous l’aimiez ? Une autre personne ne pourra peut-être pas vous donner de réponse certaine. Elle peut néanmoins rester auprès de vous, pour que ces questions ne tournent pas seulement dans votre tête. Vous pourriez dire à un proche qu’aujourd’hui, vous préférez lui raconter cette journée plutôt que l’entendre vous convaincre que vous n’avez rien fait de mal. Vous pouvez aussi demander à pouvoir vous interrompre ou répéter des choses déjà dites. Expliquer précisément l’aide dont vous avez besoin donne à quelqu’un qui tient à vous une manière d’être présent.
Vous pouvez choisir votre interlocuteur d’après ses réactions, plutôt que d’après la place qu’il occupe dans votre vie. Un membre de la famille n’est pas toujours la personne à qui il est le plus facile de parler. Quelqu’un qui a vécu une perte semblable n’éprouve pas nécessairement la même chose que vous. Pour l’instant, vous pourriez chercher une personne qui ne vous presse pas de conclure, ne tranche pas sans connaître les faits médicaux et accepte que vous ayez besoin d’une pause. Si une conversation vous épuise davantage, vous pouvez chercher un autre espace. Un accompagnement psychologique ou un groupe de soutien consacré au deuil animalier sont aussi des possibilités. Vous n’avez pas à tout raconter dès le début pour mériter du soutien.
Vous n’avez pas à vous pardonner aujourd’hui
Certains jours, même l’invitation à vous pardonner semble demander trop. Vous n’avez pas à faire du pardon votre objectif du jour. Vous pouvez plutôt essayer de modifier les mots du verdict que vous prononcez contre vous. « J’ai tout gâché » pourrait devenir « Je continue à regretter une décision prise ce jour-là ». La deuxième phrase reste douloureuse, mais elle décrit plus précisément ce qui vous fait souffrir. Il s’agit de chercher des mots qui n’effacent ni n’embellissent le regret, sans vous réduire tout entier à une seule conclusion.
Vous n’avez pas non plus à relire ce texte chaque jour ni à terminer un récit écrit. Aujourd’hui, vous pouvez choisir de mettre les questions de côté et de dîner. Demain, peut-être regarderez-vous une photo. Si vous ne trouvez pour l’instant que des excuses à adresser à votre compagnon, vous pourrez peut-être, un jour, y ajouter une raison de le remercier ou une petite habitude qui vous faisait rire. Rien ne vous oblige à faire arriver ce jour aujourd’hui. Vous pouvez simplement laisser un peu de place pour vous souvenir d’une vie partagée plus vaste que sa dernière scène. Si c’est tout ce qui est possible maintenant, vous pouvez commencer là.

