Vous avez beau faire défiler vos photos, certaines scènes restent introuvables. Une oreille qui bougeait avant même que votre animal se retourne à l’appel de son nom. Le petit tour de la maison avant de se coucher. L’hésitation avant de s’installer sur vos genoux. Vous avez tant de photos, et pourtant les instants que vous voudriez le plus garder semblent avoir échappé à l’appareil. Après la mort d’un animal, à la tristesse de ne plus le revoir peut s’ajouter une autre peur : celle de ne plus réussir, un jour, à se le représenter aussi nettement. Certains jours, cette crainte vous ramène encore et encore à la même vidéo.
Dès que vous décidez de conserver ces souvenirs, la tâche peut prendre de l’ampleur. Il faudrait classer toutes les photos par date, raconter votre histoire depuis le début, retrouver chaque fichier dispersé. Pourtant, ce que vous commencez aujourd’hui peut être beaucoup plus modeste. Vous pouvez simplement donner une petite place à une scène qui vous revient. Même sans album souvenir achevé, les moments vécus ensemble restent une part de votre histoire. Quelques mots ou quelques images peuvent devenir un chemin pour en retrouver un fragment, plus tard.
Chercher ce qui lui ressemblait, au-delà des belles photos
En ne choisissant que les photos les plus réussies, on risque de laisser de côté les détails les plus familiers. La langue qui dépassait un peu pendant le sommeil, ou la pièce en désordre après une recherche obstinée de friandises, ne semblent pas forcément dignes d’un album. Mais votre animal ne passait pas sa vie à poser sagement devant l’objectif. Vous pourriez aussi choisir vos images pour ce qu’elles vous rappellent. Une seule photo floue peut faire revenir une histoire précise, là où plusieurs clichés parfaitement nets n’évoquent pas la même chose.
Si vous préférez commencer sans photos, vous pouvez suivre le fil d’une journée ordinaire. Où était votre compagnon lorsque vous ouvriez les yeux ? Que faisait-il en attendant sa gamelle ? Quel endroit préférait-il pendant que vous travailliez ? Une phrase sur sa façon de s’installer chaque soir au même bout du canapé suffit pour commencer. Vous pourriez aussi noter un surnom et son origine, pour garder, à côté des images, quelques-uns des mots que vous utilisiez au quotidien.
L’association britannique de protection animale RSPCA propose notamment d’écrire ses souvenirs personnels pour garder la mémoire d’un animal. À vous de choisir la forme qui vous convient. Une phrase dans les notes de votre téléphone peut suffire, sans acheter de carnet particulier. Si les phrases ne viennent pas, quelques mots sont déjà un début : fenêtre, patte droite, jours de pluie. Commencez par de petits repères qui ont un sens pour vous.
Ajouter à une photo ce qui restait hors du cadre
Une fois une photo choisie, vous pourriez y ajouter quelques mots sur ce qui se passait autour. Sous l’image d’un chien endormi sur le canapé, noter que la promenade avait été longue et qu’il s’était assoupi dès le retour. Sous celle d’un chat à la fenêtre, rappeler les oiseaux qu’il attendait chaque jour à la même heure. Tenez-vous à ce dont vous vous souvenez. Une habitude ou un événement survenu juste avant ou après la photo peut vous aider à retrouver le fil de l’histoire quand vous la regarderez à nouveau.
Si la date ou l’ordre des événements vous échappent, laissez un blanc ou écrivez que c’était peut-être l’été de cette année-là. Vous n’avez pas besoin de remplir les vides avec une version plausible pour achever votre récit. Identifier clairement les photos et vidéos d’origine, vos propres souvenirs écrits et les histoires racontées par d’autres permet d’en conserver le contexte. Si l’image dans votre mémoire diffère un peu de celle d’une photo, vous n’avez pas à décider laquelle témoigne le mieux de votre amour. Toute une vie s’est aussi déroulée en dehors de ce que l’appareil a enregistré.
Les jours où parler semble plus simple qu’écrire, vous pourriez vous enregistrer en racontant un souvenir. Comment l’appeliez-vous ? Que lui disiez-vous en rentrant ? Quelle drôle d’habitude n’était connue que de votre famille ? Cet enregistrement sera le récit que vous faites aujourd’hui d’un souvenir, à distinguer d’un son enregistré à l’époque. Il n’est pas nécessaire d’effacer chaque silence pendant lequel vous cherchez vos mots. Et si enregistrer votre propre voix vous met mal à l’aise, quelques lignes écrites peuvent mieux vous convenir. Vous pouvez changer de façon de faire en cours de route.
Accueillir les souvenirs des autres
Un proche se souvient peut-être de moments auxquels vous n’avez pas assisté. Vous pourriez demander à un ami qui promenait parfois votre chien où celui-ci s’arrêtait toujours sur le chemin du retour, ou à un membre de votre famille de vous envoyer une photo de son téléphone. Il est parfois plus facile de répondre à une question sur une petite scène précise que d’écrire un bel hommage. Si même demander une photo vous bouleverse, vous pouvez préparer le message et attendre avant de l’envoyer.
Le récit de l’autre peut différer du vôtre. Le chat si silencieux avec vous miaulait peut-être beaucoup auprès d’un autre membre de la famille. Sur un même itinéraire de promenade, chacun peut se rappeler un endroit différent. À moins d’avoir un fait à vérifier, vous n’avez pas à réunir ces souvenirs en une seule version. Vous pouvez les garder côte à côte en précisant qui les raconte. Vivre ensemble ne signifie pas avoir vu chaque instant du même endroit. Ces scènes différentes peuvent élargir un peu l’image que vous gardez de sa journée.
Décidez séparément jusqu’où vous souhaitez partager ce que vous rassemblez. Une photo envoyée par un proche n’est pas forcément une invitation à la publier. Si elle montre le visage de quelqu’un, ou si un enregistrement contient sa voix ou une conversation privée, mieux vaut lui demander son accord avant de publier ce contenu. Vous pouvez distinguer un album public d’un dossier personnel, ou garder l’ensemble pour vous. Ces souvenirs n’ont pas besoin d’un public ni de réactions pour compter. Ce que vous ne souhaitez pas encore raconter peut rester à l’abri.
Conserver les souvenirs sans devoir les consulter chaque jour
Lorsque vous aurez l’énergie de trier les fichiers, vous pourriez conserver les originaux et enregistrer séparément les photos recadrées ou retouchées. Une sauvegarde indépendante peut aussi éviter que vos images les plus précieuses reposent sur un seul appareil. Des fichiers visibles sur plusieurs appareils ne sont pas forcément des copies indépendantes : vérifiez si les dossiers ne font que synchroniser les mêmes modifications. Si tout trier semble trop lourd, commencez par quelques images auxquelles vous tenez particulièrement. Vous pouvez demander à une personne de confiance de copier les fichiers, en précisant que vous préférez qu’elle n’en ouvre pas le contenu.
Conserver ces traces et les regarder chaque jour sont deux choses que vous pouvez dissocier. Si les photos deviennent trop difficiles à regarder, fermez-les et laissez-les de côté pour le moment. Une vidéo que vous ne pouvez pas voir aujourd’hui ne devient pas une obligation pour demain. Vous pouvez y revenir selon ce que vous vous sentez capable de faire ce jour-là. Si préserver vos souvenirs commence à ressembler à un devoir sans fin de vérification et de classement, vous pouvez remettre l’achèvement à plus tard et simplement garder ce que vous avez déjà réuni.
Si vous avez pris peu de photos du vivant de votre animal, vous le regrettez peut-être aujourd’hui. Mais pendant ces heures sans appareil, vous lui donniez à manger, vous le caressiez et vous vous endormiez à ses côtés. Le nombre de fichiers ne mesure pas cette vie partagée. Si une scène précise ne vous revient plus aussi facilement, essayez de ne pas transformer cette difficulté en jugement sur l’amour que vous lui portez encore.
Si vous écrivez une ligne aujourd’hui, elle n’a pas besoin de raconter une journée extraordinaire. Quand je m’asseyais, tu venais toujours par la gauche. Les jours de pluie, tu hésitais longtemps devant la porte. Placez ces mots quelque part où vous pourrez les retrouver. Si rien d’autre ne vient, vous pouvez vous arrêter là. Il n’y a pas de date limite pour remplir la dernière page. Bien plus tard, une petite habitude revenue à l’improviste pourra peut-être trouver sa place dans l’espace que vous aurez laissé.

